Comment parler d'autisme ?En bref
Certains mots sont respectueux quand on parle d'autisme, d'autres peuvent blesser. Des termes comme « débile » ou « anormal » nuisent à l'estime des personnes autistes et ne décrivent pas l'autisme. Le mot autiste ne doit jamais servir d'insulte. Être autiste, ce n'est pas faire quelque chose de mal : c'est une manière différente de fonctionner. La majorité des personnes autistes et des chercheurs et chercheuses en autisme s'entendent aujourd'hui pour dire que l'autisme n'est pas une maladie à guérir, même si le terme clinique officiel (« trouble du spectre de l'autisme ») reste encadré différemment. Ce guide présente les termes recommandés par la communauté autistique, tout en signalant les points qui font encore débat.
L’importance d’une terminologie juste et respectueuse
Les mots utilisés pour décrire l’autisme ont un impact direct sur la perception de la société envers cette différence. Ils influencent aussi la manière dont une personne autiste se perçoit elle-même. Un vocabulaire inapproprié peut entraîner des conséquences graves : traitements inutiles, coûteux ou dangereux, discrimination, abus, maltraitance.
Comment parler de l’autisme ?
L’autisme est une condition, une variation ou une différence neurodéveloppementale. La communauté autistique et le mouvement de la neurodiversité rejettent les mots « désordre » et « déficience », jugés stigmatisants.
Pour aller plus loin
Ce cadrage n'est pas neutre scientifiquement. Le DSM-5-TR (le manuel diagnostique utilisé par les professionnels de la santé) classe toujours l'autisme comme un « trouble du spectre de l'autisme », et le diagnostic clinique reste nécessaire pour accéder à des services et à des accommodements. Le débat entre le modèle médical (trouble à traiter) et le modèle de la neurodiversité (différence à accommoder) est une question de valeurs et de perspective, pas un point tranché par la science. Beaucoup de personnes autistes et de chercheurs et chercheuses adoptent une position intermédiaire : l'autisme comporte à la fois des différences neutres et des défis réels qui méritent du soutien (Kapp et al., 2013).
Neurodiversité
Le concept de neurodiversité reflète la diversité des fonctionnements neurologiques, comme il existe une diversité dans tout autre système biologique.
Niveaux d’autisme
On est autiste ou on ne l’est pas. Il est incorrect de dire qu’une personne est « un peu autiste » ou « sévèrement autiste ». Les niveaux (1, 2 et 3) du DSM-5-TR décrivent le niveau de soutien nécessaire, pas un degré d’autisme.
L’autisme n’est pas une maladie
Confondre l’autisme avec une maladie favorise la désinformation.
Danger
Certaines personnes ou entreprises exploitent cette confusion pour vendre de fausses « cures » à l'autisme. Ces produits n'ont aucune base scientifique validée et peuvent être dangereux, parfois gravement, pour la santé physique des personnes autistes, en plus de représenter une dépense importante pour les familles. Aucun traitement approuvé ne « guérit » l'autisme, parce que l'autisme n'est pas une maladie.
Insulte ou connotation négative
Décrire le comportement inapproprié d’une personne comme étant « de l’autisme » est inacceptable. Ce mot ne doit servir ni d’insulte ni de descriptif péjoratif.
Tragédie
Décrire l’autisme comme une tragédie ou une plaie sociale est stigmatisant et ne reflète pas la réalité vécue par les personnes autistes.
Asperger
Le diagnostic d’Asperger a été retiré du DSM-5 en 2013 et de la CIM-11 (classification de l’Organisation mondiale de la santé) : il est aujourd’hui intégré au diagnostic unique de trouble du spectre de l’autisme. Ce retrait visait notamment à éviter une hiérarchie entre « bons » et « mauvais » autistes, une distinction jugée discriminatoire.
Dans les faits, l’usage reste plus nuancé que ce retrait officiel le laisse croire. Certains pays utilisent encore la CIM-10, où Asperger existe toujours comme diagnostic distinct, et de nombreuses personnes qui ont reçu ce diagnostic avant 2013 continuent de s’auto-identifier comme « Aspie » ou « Asperger », par attachement à ce terme ou par habitude. Le nom vient par ailleurs de Hans Asperger, dont les liens documentés avec le régime nazi (sélection d’enfants envoyés vers un programme d’euthanasie) sont une raison additionnelle, pour certains, de délaisser ce terme. Le principe à retenir : le diagnostic clinique actuel est l’autisme, mais l’auto-identification personnelle mérite d’être respectée.
Comment parler de la personne ?
Dire que quelqu’un est autiste ou que c’est une personne autiste sont deux bonnes façons de le mentionner.
TSA
L’acronyme TSA signifie trouble du spectre de l’autisme. C’est le terme médical, mais il ne désigne pas une personne. Un humain ne peut pas être un trouble.
L’autisme fait partie de la personne
Une personne n’est pas « atteinte » d’autisme. Elle est autiste : ce n’est pas un accessoire, c’est une façon d’être et de fonctionner.
Tableau des bons termes
Bon mots
Mots à utiliser pour parler de l'autisme, de la personne autiste et de traits
- Autisme
- Autiste
- Personne autiste
- Condition
- Variante neurologique
- Variation neurodéveloppementale
- Différence
- Neurodiversité
- Atypique
- Neurodivergence
Parler des traits d’une personne autiste
- Condition
- Différence
- Caractéristique
- Spécificité
- Particularité
- Atypie
- Trait
- Geste
- Rituel
- Inhabituel
- Non conventionnel
- Structure de pensée
- Fonctionnement autistique
- Variante
- Intérêt de prédilection, particulier, spécifique ou spécial
- Diversité
Mots à éviter
Mots à éviter pour parler de l’autisme, de la personne autiste et de traits
- Retardé
- Maladie
- Anormalité
- Trouble
- Trouble envahissant du développement
- Avec autisme
- Porteur d'autisme
- Atteint d'autisme
- Désordre
- Déficience
- Pathologie
- TSA (pour désigner une personne)
- Affection
- Tragédie
- Plaie sociale
Parler des traits d’une personne autiste
- Incapable
- Anomalie
- Tics
- Manie
- Obsession
- Lésion
- Résistance aux méthodes
- Intérêt restreint
- Anormal
Note
Le choix du vocabulaire n'est pas une loi. Il reflète l'opinion majoritaire des personnes autistes et de leurs alliés, avec un fort consensus autour du langage centré sur l'identité (« personne autiste », « autiste »). Ce consensus n'est toutefois pas unanime : selon les études, entre 4 % et 39 % des personnes autistes interrogées disent préférer le langage centré sur la personne (« personne avec autisme ») (Schuck et al., 2025). Certaines personnes autistes préfèrent aussi utiliser des termes spécifiques comme TSA, par exemple pour plus de discrétion. Il est toujours préférable de respecter les termes choisis par chaque personne lorsqu'elle parle d'elle-même. Ce guide reste une base sûre pour communiquer avec respect, pas une règle universelle.
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Pour aller plus loin
Aut’créatifs – Recommandations pour la terminologie de l’autisme dans les médias
Collectif autiste de l’UQAM – L’importance et l’impact des mots
Fédération québécoise de l’autisme – Le vocabulaire
Alliance canadienne de l’autisme – Guide de terminologie en autisme (juillet 2025)
Sources scientifiques (évaluées par les pairs)
American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5e éd., texte révisé). https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425787
Bottema-Beutel, K., Kapp, S. K., Lester, J. N., Sasson, N. J., & Hand, B. N. (2021). Avoiding ableist language: Suggestions for autism researchers. Autism in Adulthood, 3(1), 18–29. https://doi.org/10.1089/aut.2020.0014
Kapp, S. K., Gillespie-Lynch, K., Sherman, L. E., & Hutman, T. (2013). Deficit, difference, or both? Autism and neurodiversity. Developmental Psychology, 49(1), 59–71. https://doi.org/10.1037/a0028353
Kenny, L., Hattersley, C., Molins, B., Buckley, C., Povey, C., & Pellicano, E. (2016). Which terms should be used to describe autism? Perspectives from the UK autism community. Autism, 20(4), 442–462. https://doi.org/10.1177/1362361315588200
Schuck, R. K., Chetcuti, L., Dwyer, P., Milosavljevic, K., Bury, S. M., Hedley, D., Begeer, S., Vivanti, G., & Uljarevic, M. (2025). Preferences for identity-first and person-first language: A systematic review of research with autistic adults/adults with autism. Journal of Autism and Developmental Disorders. https://doi.org/10.1007/s10803-025-07174-3
Notes sur les autres sources
Plusieurs affirmations de cet article s’appuient sur des sources communautaires et cliniques plutôt que sur des études évaluées par les pairs. Ces sources sont tout aussi valides, mais de nature différente :
- Les recommandations terminologiques d’Aut’créatifs et du Collectif autiste de l’UQAM proviennent de témoignages et d’écrits communautaires de personnes autistes québécoises.
- Le Guide de terminologie en autisme (juillet 2025) de l’Alliance canadienne de l’autisme a été élaboré à partir de consultations avec près de 200 personnes lors de la Semaine de la francophonie et du Sommet de leadership 2025, en partenariat avec la Fédération québécoise de l’autisme.
- La page « Le vocabulaire » de la Fédération québécoise de l’autisme reflète la charte éditoriale de cet organisme, développée en cohérence avec les recommandations de personnes autistes.
Mention de l’approche éditoriale
Cet article adopte une approche neuroaffirmative : l’autisme y est présenté comme une différence neurodéveloppementale plutôt qu’un déficit à corriger, en cohérence avec les préférences majoritaires exprimées par la communauté autistique. Les nuances et débats en cours sont signalés lorsqu’ils existent. Ce guide de vocabulaire ne remplace pas l’accompagnement d’un ou d’une professionnelle formée à l’autisme adulte.